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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 07:02
A l'occasion du 8 mai (qui n'est pas férié ici), je voulais me pencher sur les tirailleurs sénégalais burkinabé. J'en ai rencontré un une fois, qui était tout content de voir une française et de lui dire toutes les villes par lesquelles il était passé. Je n'ai pas trouver beaucoup d'informations, mais j'ai trouver cet article de RFI paru en 2004 à l'occasion des 60 du débarquement en provence ou des tirailleurs burkinabé ont été invité.

Les souvenirs du tirailleur Bambara par Alpha  Barry

Dans son village à 200 km de Ouagadougou, l'ancien tirailleur sénégalais, Christophe Bambara a appris qu'il était invité en France pour participer au 60e anniversaire du débarquement de Provence. (photo: Alpha Barry/RFI)
Dans son village à 200 km de Ouagadougou, l'ancien tirailleur sénégalais, Christophe Bambara a appris qu'il était invité en France pour participer au 60e anniversaire du débarquement de Provence.
(photo: Alpha Barry/RFI)
Deux anciens combattants burkinabè ont pris l’avion mercredi soir à Ouagadougou pour Paris. Leur destination finale est Toulon où sont prévues les cérémonies commémoratives du débarquement des troupes africaines en août 1944. Ils font partie des rares anciens tirailleurs à avoir la chance de retrouver la France qu’ils ont contribué à libérer il y a 60 ans. Ambiance avant le départ chez l’un des deux.

De notre correspondant au Burkina Faso

Pour Christophe Bambara, ce mois d’août 2004 n’annonçait rien d’exceptionnel. C’est la pleine saison agricole à Garango, son village situé à 200 km de Ouagadougou, dans le sud-est du Burkina. Depuis sa démobilisation de l'armée française en 1956, son programme à cette période de l’année se limite à l’entretien de ses champs.

Pour le vieux Bambara comme pour la plupart des anciens tirailleurs sénégalais encore vivants, les souvenirs de la deuxième guerre mondiale sont lointains. Le 60e anniversaire du débarquement de 1944 célébré cette année l’était tout autant. Du moins jusqu’au jour où il a reçu un message de l’ambassade de France à Ouagadougou l’invitant à participer à Toulon aux cérémonies officielles.

Quinze ans sous le drapeau français

Le vieux soldat a du mal à le croire. Lui Christophe Bambara, invité par la République française à venir en France pour être décoré de la Légion d’honneur personnellement par le président français Jacques Chirac? C’est l’arrivée chez lui de l’équipe de reportage de RFI qui achèvera de le convaincre qu’il n’a pas rêvé.

Aussitôt ressurgissent les vieux souvenirs des 15 années passées sous le drapeau français. « J’ai été incorporé le 20 décembre 1941 à Tenkodogo », se souvient-il en nous présentant son carnet militaire. « Je ne sais pas lire mais vous pouvez vérifier », ajoute-il avec assurance. Sur les pages jaunies, on lit l’embarquement à Oran, les débarquements en Corse et en Provence, la guerre d’Indochine, celle de l’Algérie, etc. Une carrière bien remplie pour cet ancien soldat de première classe qui s’est battu sur tous les fronts avec l’armée française dans les années 40 et 50.

Une pension de 50 000 CFA par trimestre à partager entre neuf femmes

Les nombreuses médailles fièrement agrafées à la poitrine sont une autre preuve des états de service du soldat Bambara. Il n’a pas non plus oublié son chéchia rouge qu’il portait dans l’armée. Troué par endroits sans doute par le poids de l’âge, ce chéchia symbolise à ses yeux, par dessus tout, toute la vie d’ancien tirailleur. « On me l’a donné le jour de mon incorporation », précise –t-il.

Mais au delà des symboles, Christophe Bambara reste préoccupé par la question des pensions aux anciens combattants. « Ca ne suffit pas. Je gagne 50 000 CFA [environ 75 euros] par trimestre. Comment les partager entre mes neuf femmes. Je veux donc demander à Chirac d’augmenter la pension de tous les anciens combattants, africains comme européens », a lancé avec fracas le vieux Bambara dans un toast improvisé lors d’une réception chez l’ambassadeur de France.

Les mânes des ancêtres pour seul viatique

Patriarche et chef de canton de Garango, Christophe Bambara n’a pas donné de grande fête pour son départ pour la France. Seuls quelques proches se sont rassemblés sous les deux baobabs géants qui se dressent à l’entrée de sa cour dans le vieux quartier. « La fête, ce sera au retour. Pour le moment, il me faut demander aux mânes des ancêtres de me protéger et me ramener en paix comme ils l’ont fait quand j’ai combattu en France, en Indochine et en Algérie », explique l’ancien combattant.

Avant de quitter les siens, il a consulté tous les gris-gris et fait le tour de la vaste concession pour s’incliner devant  la tombe de tous ses prédécesseurs. Il s’attarde devant la petite case qui sert de mausolée au fondateur de Garango, fait des incantations dans la langue locale (bissa) avant d’y pénétrer pour une brève prière. « C’est le pouvoir de cet ancêtre qui m’a permis de revenir sain et sauf dans mon village en 1956 après mes quinze ans dans l’armée française. Je compte encore sur lui pour ce voyage », affirme Christophe Bambara.



Vous pouvez aussi aller de belles photos de tirailleurs burkinabé faites par un photographe français ici
 


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