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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 16:36

Voici un article tiré de la presse (l'observateur paalga) aujourd'hui, expliquant comment le Burkina a faillit perdre ses frontières actuelles et finalement pas exister...

 

Comme l’avaient fait bien avant lui tant d’autres pays africains de l’ancien empire français d’Outre-mer, le Burkina Faso, autrefois Haute-Volta, célèbre, demain à Bobo-Dioulasso, le cinquantenaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. Parce qu’il commémore notre sortie de la servitude coloniale et, en conséquence, la prise en charge de notre destin, rien n’aura été ni trop beau ni trop cher pour magnifier ce jubilé d’or, même si, au vu des indices de développement humain, rien nulle part ne devrait non plus inciter à force jubilation.

Il y a loin, en effet, des pleurs de l’indépendance politique aux fruits mi-figue mi-raisin du progrès économique et social, comme en témoignent, à l’envi, les fameux OMD, que les cinq années restant à venir avant la date butoir de 2015 ne nous suffiront guère à réaliser.

Mais parce que disposer de soi-même est, non seulement un droit, mais également un devoir patriotique pour toute collectivité humaine qui s’honore du nom de peuple, l’accession à l’autonomie intégrale de notre pays le 5 août 1960 fut et reste en soi un fait historique fondateur dont nous ne saurions aujourd’hui bouder le souvenir, quels que fussent le cheminement qui nous y a conduits et les visées de néocolonisation qui se tramaient en filigrane.

Que la conquête de la liberté n’ait pas été chez nous l’aboutissement d’une longue et victorieuse lutte d’émancipation avec son martyrologe, comme ce fut le cas jadis du Haïti des Toussaint Louverture, ou naguère du Vietnam et de l’Algerie des Hô chi Minh et Ben Bella, nul ne l’ignore.

Qu’en grand visionnaire comme savent l’être les vrais hommes d’Etat, De Gaulle qui voulait éviter à son pays l’humiliation d’autres Dien Bien Phu, ait décidé de nous octroyer par anticipation l’indépendance en quittant dès 1960 les colonies avant que plus tard celles-ci ne quittent la France, le fait est également archi connu. Mais l’indépendance, c’est l’indépendance ; qu’elle ait été enfantée sous anesthésie néocolonialiste ou dans les douleurs d’une glorieuse lutte de libération.

Pour tous les pays concernés, 1960 reste donc la date éponyme de l’Afrique nouvelle parce que c’est cette année-là que nous avons entrepris de marcher par nous-mêmes et pour nous-mêmes

Pour le Burkina Faso cependant, la date de 1960 en cache une autre qui mériterait d’être autant, sinon davantage, portée à la vénération : nous voulons parler du 4 septembre 1947, jour de la reconstitution de notre pays dans ses frontières originelles.

De la chute de Ouagadougou le 4 septembre 1896 à la fin du règne colonial le 5 août 1960, 66 années se seront écoulées, faisant de la Haute-Volta l’une des plus jeunes colonies des possessions françaises d’Afrique occidentale. Qui plus est, c’est le territoire qui faillit ne plus exister, du moins dans les limites qui lui sont internationalement reconnues aujourd’hui.

Erigée en entité à part entière en 1919 après avoir fait partie du Haut Sénégal-Niger, notre pays aura connu non seulement la colonisation - lot de tant d’autres - mais également la “polonisation” comme aucun autre. Par ce néologisme, nous voulons rappeler que ses tribulations l’apparentent à bien des égards, à la Pologne du XVIIIe siècle qui perdit à plusieurs reprises jusqu’à son nom, écartelée qu’elle fut entre la Russie, la Prusse et l’Autriche.

Le 5 septembre 1932 comme on ne le sait que trop, la Haute-Volta sera en effet démembrée au bénéfice de trois territoires voisins, non pas tant qu’elle ne fût pas économiquement viable, mais plutôt que pour sa politique d’exploitation, l’administration coloniale voulait ainsi disposer à satiété de l’abondante et corvéable main-d’œuvre dont regorgeait cet hinterland. Justice ne lui sera rendue que treize années plus tard par la loi du 4-Septembre la rétablissant dans ses frontières de 1932.

Encore a-t-il fallu pour en arriver là, déjouer bien des machinations de la part des milieux farouchement hostiles à ce retour au statu quo ante. Faute de pouvoir s’y opposer frontalement, ils ont longuement manigancé dans les arcanes pour que la Volta reconstituée fût amputée d’une bonne partie du territoire actuel, la réduisant en peau de chagrin ou plutôt en un “mossiland” qu’ils n’osaient bien sûr pas s’avouer comme tel.

Revenir par ces temps jubilaires sur cette page douloureuse de notre histoire, ce n’est ni sombrer dans la délectation morose, ni chercher à éveiller chez nos compatriotes des relents chauvinistes. Loin s’en faut. Mais puisque nous plaçons ces jours sous le signe du souvenir, comment oublier que si nous avons nous aussi Burkinabè le loisir de jubiler aujourd’hui à l’intérieur d’un pays reconnu comme tel, il a fallu de peu qu’il ne fût rayé de la carte.

Car imaginez seulement que par une mauvaise ruse de l’Histoire, De Gaulle ait décidé d’octroyer l’indépendance une décennie plus tôt, à savoir au sortir de la conférence de Brazzaville de 1944 où s’est esquissé l’avenir des colonies ! C’en eût été fini de notre pays comme tel, puisque la doctrine de l’intangibilité des frontières chère à l’OUA aujourd’hui UA, eût rendu illusoire toute velléité de reconstitution

Dans l’euphorie du Cinquantenaire, rendons naturellement hommage :
 aux Ouezzin Coulibaly, qui ont géré les linéaments de l’autonomie à la tête du Conseil de gouvernement à partir de 1957 ;
 aux Maurice Yaméogo qui ont eu la chance et la charge historique de proclamer l’indépendance le 5 août 1960 ;
 au général Lamizana et à ses quatre successeurs à la tête de l’Etat, pour ce que chacun d’eux a pu donner de lui- même pour assurer au Burkina Faso sa place dans le concert des nations.

Mais c’est dans la vénération que nous devons exalter la mémoire de tous ceux qui ont mené en son temps le bon combat pour qu’il existât. Pensons aux premières élites intellectuelles et politiques, qu’elles fussent de l’Union voltaïque (UV), créée à cette fin, ou du RDA anticolonialiste.

Beaucoup de ces Voltaïques confessaient sans ambages leur fédéralisme et donc leur opposition à la balkanisation du continent. Mais ils n’en restaient pas moins des patriotes et, comme tels, ils pensaient à bon droit qu’il était légitime pour eux aussi d’aspirer à l’unité sous-régionale, régionale ou continentale dans le cadre d’un territoire bien à eux.

Pensons aux chefs traditionnels, oui à la chefferie traditionnelle qui prit la tête de la croisade ou si l’on préfère, du plaidoyer pour la reconstitution. Ils ont refusé que fussent atomisées aux quatre vents et au gré d’intérêts qui n’étaient pas ceux du continent, des constructions qu’on pourrait qualifier d’ancestrales certes, mais qui épousaient déjà, tout de même, les contours de proto-Etats.

Pensons à ces opérateurs économiques et à ces leaders religieux qui ont pris une part active à l’œuvre de reconstitution, les uns par leurs deniers, les autres par leurs prières. C’est à tous ces ouvriers patriotes de la reconstruction en 1947 de notre temple national dans ses dimensions de 1932, que nous devons dédier en tout premier lieu, ce cinquantenaire

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commentaires

Flo 13/12/2010 09:02



Oulà ! Très intéressant, mais le style est pénible !!