Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 07:10

Racontée de main de maitre par une des dernières mémoires intactes de cette époque, SEM Gérard Kango OUEDRAOGO (né vers 1920), cette histoire mérite d’être connue !! Surtout pour une petite blanche comme moi dans le royaume du Yatenga !

Dans toute la région on connait le Capitaine DORANGE (à l’époque il était capitaine).

Né à St Servan sur mer, Michel DORANGE sortit en 1939 de St Cyr, et s’en alla en guerre à la tête d’une section composée en majorité de tirailleurs sénégalais dont des voltaïques et notamment des Yadga (ethnie du Yatenga, un mossi).

Un jour, justement un voltaïque fut envoyé en éclaireur. A son retour, il vit que sa compagnie avait été attaqué. Il demanda d’après son capitaine, et lui apprit qu’il avait été touché mortellement, et qu’il se trouvait sur le champ de bataille. Après qu’on lui ai indiqué l’endroit, le voltaïque retrouva son capitaine en rampant, détacha son ceinturon, et plaça son capitaine sur son dos. Hospitalisé, à la surprise générale, Michel DORANGE guérit. Il dira : « Je jure, si je ne meurs pas à la guerre, de tout faire pour partir dans le pays de mon sauveur et de me mettre à son service ».

Chose dite, chose faite, non sans difficulté car n’ayant pas fait l’école coloniale on refusa de l’affecter dans les colonies car il représentait un danger. Mais grâce à la recommandation faite par l’administrateur de Ouahigouya, Omer Servot, il réussit à y être affecter et fut nommé en mai 1945, chef du bureau militaire.

Ainsi installer à Ouahigouya, il fit deux choses :

-          Il se présenta d’abord à Naaba Tigre, et lui raconta son histoire. Ce dernier mis à sa disposition son neveu, fils de Naaba Sigri, Pabouli. Pabouli accompagna Michel Dorange au village de son sauveur (Sawadogo Sibdapalemdé). Mais l’ancien combattant mourut quelques jours après.

-          Avec son garde de cercle, à cheval, il recensa tous les anciens combattants, veuves et orphelins de guerre. Les gens n’avaient pas touché de pension, à l’époque il fallait faire une demande par écrit pour toucher sa pension… Il les aida à récupérer leur pension, fit scolarisés les orphelins en âge d’aller à l’école, et déclara les autres, trop âgés, pupilles de la nation..

 

Mais les choses ne tournèrent pas en faveur de Dorange. Devenu administrateur en intérim, il reçoit un télégramme du ministère des colonies qui lui demande de convoquer tous les anciens combattant et de les faire voter socialiste (Sissoko) pour l’élection au Palais bourbon.

Dorange outré, fait lire le télégramme par son adjoint aux anciens combattant, et leur dit qu’ils sont libre de voter. Il va voir le roi pour lui dire de susciter une candidature et de l’appuyer, afin que cette personne puisse déposer une demande de restituer le territoire de la Haute Volta. Mais son adjoint, informe le candidat socialiste, et Dorange reçoit un ordre de rentrer. Garant de Dorange, Servot est à Bamako, et fait venir Dorange. Celui-ci sera hospitalisé pour un palu. Dans le même temps, le 4 septembre 1947, par la loi 10707, la France recrée le territoire de Haute Volta dans ses limites de 1932. Ainsi un nouveau gouverneur est nommé, il est mis au courant du cas Dorange, et trouve que ce serait un bon élément pour son gouvernement. Il prend contact avec le candidat socialiste, qui dit que Dorange ne peut plus lui nuire car Ouahigouya n’est plus dans sa circonscription !

Dorange part donc à Ouaga. Les anciens combattants de Bam et de Kongoussi, viennent à Ouaga pour le présenter Conseiller Général du 2ème collège (1er collège c’était les citoyens français, 2ème collège les citoyens des colonies).

Il deviendra même conseiller de l’union française, et continuera de lutter pour que les anciens combattants puissent avoir leur pension et le statut de soldat. Il construit avec la population l’orphelinat/école des orphelins qui est à l’heure actuelle le lycée Yadega, au centre de la ville.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Flo 29/11/2010 08:45



Tiens ! heu... le colonel ce n'est pas avec du citron?


 


Ok ok je sors !



Péro 29/11/2010 11:26







Flo 29/11/2010 08:43



Alors voilà un beau récit ! Instructif en tous cas, avec une belle démonstration de politique coloniale... quel chantier !


Il avait ça dans la peau Dorange...


Heureusement, les traces de l'Histoire sont conservées sur les photos Voltaïques... mais gare à ne pas tomber dans le panneau !!


Bon, d'accord, j'arrête.



Péro 29/11/2010 11:15


Hihihihi!! quel humour!! que de jeux de mots!! ça fait plaisir!